"A meticulously concocted lie."
Peter C. Newman, éditeur en chef du Toronto Star.

"The RCMP never asked for the War Measures Act, were not consulted as to its usefulness, and would have opposed it if they had been asked their opinion."
Reg Withaker, professeur de science politique.

"Our common sense went out the window."
Eric Kierans, membre du cabinet de Trudeau.

"Canada's record of resorting to emergency measures shows them to have been monuments to folly."
James Eayrs, professeur.

"The people of Canada believe, not in civil rights, but in civil rights when they are convenient."
Robert Fulford, éditeur au Saturday Night.

"The roots of liberalism have not grown deep in the aird soil of Canada's heterogenous community."
Ramsay Cook, historien.

"The leaders in the opposition raise questions. The leaders of the governement raise guns against the people."
Mervin Procope, artiste.

"That had not been what my long frienship with Trudeau had led me to expect."
Ramsay Cook, historien.

"Trudeau's Mackasey's and Lalonde's horrific jack-boot approach to their own people."
Hugh Segal, politicien.

"That should be enough to show that Canada is involved in self-destruction."
Lucien Saulnier, conseillé de Jean Drapeau.

"This is overkill on a gargantuan scale."
Grattan O'Leary, sénateur conservateur

"The War Mesures Act is being used as a means to silence political opposition."
C.B. Macpherson, Dick Beddoes, Barbara Frum, ..., pétition de l'université de Toronto.

"Why talk when you are helmeted with numbers."
Margaret Atwood, Saturday Night.

* Citations tirées du livre Trudeau's Darkest Hour, War Measures in Time of Peace, October 1970, edité par Guy Bouthillier et Édouard Cloutier.

Je me souviens

En 1970, il prévaut au Québec une situation empreinte de multiples et profondes disparités politiques et sociales. Déjà en 1965, la Commission Laurendeau-Dunton avait constaté que le salaire moyen de la majorité francophone est de 35% inférieur à celui de la minorité anglophone. La Commission révèle également que 83% des administrateurs et cadres du Québec sont des anglophones. À Montréal, la gronde s'accroît encore, particulièrement chez les jeunes, à la suite de l'adoption du règlement municipal no. 3926 interdisant les manifestations et les assemblées. Les comités de citoyens et d'ouvriers sont régulièrement saccagés par la police. Les leaders du Mouvement de libération du taxi et du Mouvement pour l'intégration scolaire Saint-Léonard sont emprisonnés. Puis, en avril 1970, le Québec vit une campagne électorale marquée par le « coup de la Brink's », une violation sans précédent de notre démocratie consistant à orchestrer de toute pièce une fausse fuite des capitaux afin d'apeurer les électeurs du tout jeune Parti Québécois de René Lévesque. Grâce à une carte électorale très favorable au parti de Robert Bourassa, il en résulte l'élection de seulement sept députés péquiste malgré 23% du vote populaire.

Ce qu'on appellera la Crise d'octobre éclate le 5 octobre 1970 lorsque le délégué commercial britannique James Richard Cross est enlevé à son domicile. Le ministre québécois du Travail Pierre Laporte est à son tour kidnappé le 10 octobre. Pierre Trudeau et Marc Lalonde cherchèrent à créer la perception d'une insurrection appréhendée, justification juridique de la Loi sur les mesures de guerre. Sur la base d'une source anonyme, le Toronto Star fait alors sa manchette avec l'invraisemblable menace d'un renversement du gouvernement Bourassa par un groupe de personnalités québécoises, dont René Lévesque et Claude Ryan! Des décennies plus tard, le journaliste Peter Newman révèlera que sa source était nul autre que... Trudeau lui-même. Le 16 octobre à 4h du matin, le gouvernement fédéral proclame la Loi sur les mesures de guerre. Forts de ces pouvoirs d'exception, les différents corps de police procèdent alors à des milliers de perquisitions sans mandat et emprisonnent des centaines de personnes. À l'époque vice-présidente du Rassemblement pour l'Indépendance Nationale (RIN), l'écrivaine Andrée Ferretti a été emprisonnée pendant 51 jours. Son état d'isolement du monde extérieur a été tel que ce n'est qu'après avoir été relâchée qu'elle a appris la mort du général De Gaulle survenue plusieurs semaines auparavant.

Jamais la liste des personnes emprisonnées en vertu de la Loi sur les mesures de guerre n'a été rendue publique. Les historiens et journalistes s'étant le plus sérieusement penchés sur ces événements estiment entre 500 et 1000 le nombre des arrestations, et entre 10 000 et 15 000 le nombre des perquisitions. Rappelons que de toutes les personnes ainsi jetées en prison, l'immense majorité n'a fait l'objet d'aucune accusation en lien avec la Crise d'octobre. Seulement une petite poignée d'entre elles ont été accusées d'appartenance au FLQ mais on vu ces accusations tomber sans procès, faute de tout fondement. Quelques autres ont comparu pour « conspiration séditieuse », et toutes ont été acquittées. La majorité des prisonniers d'opinion d'octobre 1970 ont été détenus de 7 à 21 jours. En comparaison des récents abus policiers survenus lors du Sommet du G20 à Toronto qui ont vu la plupart des manifestants arrêtés être emprisonnés durant 36 heures ou moins, la Loi sur les mesures de guerre de 1970 est donc, nettement et de loin, la plus brutale violation de l'habeas corpus et de la présomption d'innocence de l'histoire contemporaine du Canada.

Trois commissions d'enquête publiques sur ces événements (Duchaîne, Keable, McDonald) ont toutes trois constaté l'absence de toute justification de l'adoption de ces mesures extrêmes et sans précédent de suspension de droits civils en tant de paix. Elles ont au contraire mis au jour de nombreuses activités illégales de la Gendarmerie royale du Canada en sol québécois. Il en a été conclu que l'imposition de la Loi sur les mesures de guerre avait été une vaste opération d'intimidation et de répression dirigée contre toutes les forces vives de changement social en général et contre les adversaires politiques du gouvernement Trudeau en particulier. Les procès-verbaux des réunions du cabinet Trudeau des 14 et 15 octobre 1970 ont plus tard révélé que le conseil fédéral des ministres savait parfaitement que la police arrêterait des centaines de personnes innocentes sans pour autant s'attendre à retrouver les deux otages du FLQ (La Presse, 31 janvier 1992).

La Fondation Octobre 70 s'est donnée pour mission d'élever un monument à la mémoire des victimes des mesures de guerre pour que les générations futures n'oublient pas cette sombre page d'histoire. Ce monument se veut un mémorial de cette grave atteinte aux droits fondamentaux des Québécois et un hommage à la combativité de notre peuple dans sa quête de liberté. Nous vous invitons à contribuer financièrement à ce projet en faisant un don ou en achetant un article dans notre boutique.

Rendons justice à nos frères et soeurs victimes de la répression d'Ottawa. Luttons pour le respect des valeurs démocratiques du peuple québécois. Souvenons-nous des injustices pour qu'elles ne se reproduisent plus.

Merci de votre aide.

Tout le monde en parlait - Mesures de guerre - 24/09/10

source: Tout le monde en parlait